Nitrates : Etat des lieux

14 avril 2017
Nitrates : Etat des lieux

 

Faute d'avoir protégé son eau, la Bretagne a vu les nitrates contaminer ses rivières et ses nappes souterraines. Une pollution qui a connu son apogée au début des années 90.

 

EAUX BRETONNES : MALADES DES NITRATES

 

Longtemps à l'agonie, les eaux bretonnes sont toujours malades des nitrates. Alors que les rivières fournissent aux bretons 80 % de l’eau des robinets, on a méprisé l’eau, on l’a souillée... L'Etat, les élus locaux, plutôt que de lutter contre cette pollution, ont laissé croire qu'en abandonnant les captages pollués, en allant chercher de l'eau toujours plus loin ou plus profond, en traitant l'eau dans de coûteuses usines de « dénitratation », le problème serait réglé.

 

Les nitrates rejetés en Bretagne proviennent à 94 % de l'agriculture (engrais minéraux et effluents d'élevages), le reste étant réparti entre les rejets domestiques et les effluents industriels.

 

Les premiers cris d’alarme ont été lancés dès le début des années 1970 par Eau & Rivières qui s'inquiétait de la montée des nitrates dans les captages du nord-finistère. Mais ces alertes n’ont pas été prises au sérieux, et dès 1994, c’est l’ensemble de la région qui se trouve classée en « zone vulnérable aux nitrates d'origine agricole», en application de la directive européenne du 12 décembre 1991 relative à la lutte contre la pollution des eaux par les nitrates d'origine agricole.

 

rivière, petit barrage, usine eau potable
Nos rivières sont devenues nos fontaines

 

C'était le cas dès 1994, premier classement des zones vulnérables. C'est toujours le cas en 2015, lors de la dernière révision de ce classement. (voir l'arrêté du Préfet coordonnateur de bassin du 13 mars 2015)

Avant 1975, les quelques mesures de qualité des eaux effectuées en Bretagne montrent que la concentration en nitrates dans les rivières est en moyenne inférieure à 10 mg/l. La pollution des nitrates ne cesse de grimper pour atteindre en 1993, 53 mg/l pour la moyenne des rivières bretonnes ! C'est ce niveau élevé de pollution, et l'insuffisance des mesures de protection mises en œuvre, qui a conduit les autorités européennes à engager deux contentieux contre la France devant la Cour Européenne de Justice.

redescendue en 2014 à 32 mg/l.

 

graphique, évolution concentration nitrate eaux bretonnes entre 1980 et 2014

 

Cette moyenne régionale, qui mélange les eaux très pures de l'Aff en forêt de Paimpont, et celles très contaminées de l'Horn en nord finistère, cache de fortes disparités : en témoigne cette carte où les points rouges pointent des dépassements supérieurs à 50 mg/l. et le dernier (!) points bleus des teneurs inférieurs à 10 mg/l.

 

Cette pollution par les nitrates génère de graves impacts négatifs. (Voir La douloureuse facture des pollutions agricoles)

  • elle contribue à augmenter les coûts de production et de traitement de l'eau du robinet (mise en place de réseaux d'interconnexions, de traitements sophistiqués ) ; les pollués sont ainsi les payeurs comme le souligne la cour des comptes.

  • elle perturbe l'écosystème aquatique de nos rivières: disparition des espèces les plus sensibles, comme par exemple la mulette perlière qui ne ne peut vivre que dans des eaux à moins de 10 mg/l de nitrates ;

  • elle est à l'origine des marées vertes qui affectent le le littoral breton ;

  • elle dégrade l'image de marque de notre région et porte ainsi atteinte à son attractivité touristique notamment.

 

panneau, eau non potable, fontaine


 

S'il est bon ton aujourd'hui, de saluer l'inversion de la courbe des nitrates en Bretagne, il faut cependant observer que notre région demeure encore la plus contaminée parmi toutes celles du bassin Loire Bretagne...