Nitrates – FNSEA et Gouvernement en roue libre
Tous les syndicats sont mobilisés contre le MERCOSUR, d’une part, et contre la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse (NDC), d’autre part. Pourtant le gouvernement Lecornu et sa Ministre de l’agriculture, totalement FNSEA compatible, ont annoncé une « loi d’urgence » pour le printemps, laquelle porterait sur… les bassines, les loups et les nitrates ! Le tout dans un silence coupable de la Ministre de l’écologie.
Comme à son habitude, la FNSEA profite du mécontentement de l’ensemble du monde agricole pour avancer ces pions et surfer sur la détresse des agriculteurs et agricultrices.
Une fois de plus, la cogestion agricole FNSEA impose à l’État ses priorités. Une fois de plus, l’État recule devant les menaces de blocage. Une fois de plus, les pratiques les plus illibérales et populistes l’emportent, telle une machine infernale que l’État ne sait plus arrêter. Tous les deux ans, les tracteurs prennent en otage le pays et hypothèquent un peu plus la santé et l’avenir de toutes et tous.
Nous aurons l’occasion de revenir, lors du débat sur cette loi, sur la question du partage de l’eau, de la place que doit occuper, dans un contexte de dérèglement climatique, l’agriculture dans l’équation de son partage, et de la manière de le faire. Pour notre part, il est bien certain que les fondements de ces choix doivent reposer sur une approche scientifique, notamment au travers des études HMUC (hydrologie milieux usages climat), et non sur des propos idéologiques et démagogiques comme le font la FNSEA et la Coordination Rurale. Ce qu’ont également soutenu les 3500 manifestants rassemblés à Rennes ce week-end.
Sur les nitrates, le sujet est extrêmement grave. Rappelons qu’il s’agit là d’une pollution qui fait partie des 6 limites planétaires déjà largement dépassées et que si l’ensemble de la Bretagne en est la victime la plus connue du public par les marées vertes, c’est plus de 70 % du territoire métropolitain qui est aujourd’hui classé en zone vulnérable aux nitrates. La France est la plus mauvaise élève européenne en la matière et a déjà été poursuivie par la Cour de justice européenne à 3 reprises pour des manquements à ses engagements. La dernière fois remonte à février 2025 pour le dépassement de la teneur en nitrates sur 107 points de captages en France. Rappelons également que l’État vient, dans un jugement historique, d’être reconnu responsable, le 13 mars dernier, de la pollution par les nitrates sur l’ensemble de la Bretagne, pour des carences répétées de ses politiques publiques et notamment dans la mise en œuvre de la directive européenne sur les Nitrates de 1991.
L’État, au lieu de s’attaquer à la source du mal, annonce vouloir affaiblir le cadre européen. Ce faisant, il donne clairement raison aux agricultures industrielles les plus polluantes, comme il l’a aussi déjà fait sur les pesticides, obérant un peu plus les chances de voir un jour disparaître les marées vertes et aggravant, en sus, les difficultés et les coûts de la production d’eau potable en France.
Ce que le Premier ministre ne dit pas, c’est qu’en l’état actuel du droit national comme européen, il expose un peu plus l’État à des condamnations financières lourdes qui pèseront sur les finances publiques et donc sur l’ensemble des contribuables.
Depuis la première loi sur l’eau de 1964, jamais la politique de l’eau n’a connu, avec les différents reculs opérés depuis 4 ans, un tel affaiblissement. Une fois encore, par manque de courage et pour satisfaire les intérêts corporatistes de quelques-uns, c’est l’intérêt général qui est sacrifié.
