Une canicule qui dure et une sécheresse qui augmente
Nous vous proposons un petit point d’étape en ce 15 juillet, suite à la 3ème vague de chaleur de l’année. Les prévisions météorologiques à quinze jours évoquent des orages dans les jours à venir sur la Bretagne, puis une nouvelle période sèche. Conséquence, la végétation est déjà desséchée, même le maïs souffre aux heures chaudes et sa floraison pourrait être impactée. Les niveaux de rivières baissent encore, et la consommation dans les barrages va grand train. La quatrième canicule déjà annoncée devrait - a priori - épargner notre région.
Alors que penser de la situation en ce 15 juillet ?
1- Heureusement qu’il a plu cet hiver !
En effet, la forte pluviométrie hivernale nous a laissé des nappes de niveau moyen à moyen bas, qui nous sont bien utiles face à la situation de crise que nous traversons.
Qui aurait pensé début février - alors que nous faisions alors face à un hiver maussade et pluvieux - que nous regretterions ces pluies interminables ? Car, si la situation des cours d’eau n’est pas encore catastrophique, c’est bien grâce aux réserves accumulées dans les sols, les zones humides et les nappes durant cet hiver pluvieux.
Certains débits observés en ce mois de juillet sont déjà assez proches de ceux de 1976 qui est toujours considérée comme une sécheresse exceptionnelle. Pour les rivières les plus mal placées, les débits observés cette année à la mi-juillet avaient été atteints quinze jours plus tôt en 1976. Cette différence s’explique car l'hiver 1975-76 avait été particulièrement sec (même si, aucun relevé piézométrique de la période n'a été retrouvé). La comparaison est donc plutôt à faire avec la sécheresse de 2022. Et les données hydrologiques soulignent bien que la situation est souvent plus inquiétante qu’en 2022, sauf pour les rivières du nord Finistère aux nappes plus importantes.
2- Température, sécheresse, orages : un tiercé difficile à vivre
Si les températures mesurées fin juin n'ont pas été battues en cette première quinzaine de juillet, cette troisième vague de canicule a été longue et pénible. La sécheresse des sols est quasi totale selon l'indice de suivi produit par MétéoFrance. Le contexte météo est un peu plus incertain, en particulier du fait des précipitations associées aux orages de ces prochains jours qui peuvent localement être plus importantes et influer la situation. Notons que les cumuls annoncés varient d'heure en heure...
Un fait marquant : la remontée (modérée) des débits à la fin des périodes de températures extrêmes, car la végétation de bord de rivières évapotranspire moins et prélève moins sur les eaux de nappe arrivant au cours d'eau. Ceci est d'autant plus marqué que les aquifères sont peu productifs. L'exemple ci-dessous en est une illustration, avec une fin des très fortes températures le 26 juin, puis 13 juillet 2026 (traits rouges). L'effet est observable, avec une baisse plus rapide des débits pendant la période très chaude puis une légère récupération. Mais la baisse des débits prise sur une longue période reste inchangée.

Source : DREAL Bretagne, mise en forme ERB
Soulignons enfin que les températures très fortes s'accompagnent d'une évaporation intense sur les plans d'eau, pouvant atteindre 1 cm/jour et plus ! Or la Bretagne compte pas moins de 50 000 plans d’eau, ce qui laisse imaginer l’évaporation directe que cela entraîne. Une eau qui aurait pourtant pu servir à alimenter cours d’eau et biodiversité...
3 - Prévisions
Comme pour notre point du 1er juillet, nous tentons une prévision de situation au 1er août, soit dans 15 jours. La réalité des cumuls de pluie (très variable selon les modèles et l'heure de consultation !) pourra avoir des effets de décalage en cas de cumuls quotidiens supérieurs à 8mm.
Nous présentons les niveaux de gestion Sécheresse (Vert : vigilance - Jaune : alerte - Orange : alerte renforcée - Rouge : crise), qui seront atteints à cette date, indépendamment des choix qui pourraient être faits dans certains département d'avoir un niveau uniforme. On y mesure la dégradation de la situation.

Données : hydroportail DREAL Bretagne, Prévision : Eau et Rivières de Bretagne
Du fait du grand nombre de sites utilisés dans les Côtes d'Armor, nous avons concentré notre analyse sur les plus importants. Les seuils retenus dans l'arrêté cadre sécheresse de ce département sont à notre avis, pour plusieurs d'entre eux, un peu élevés, la situation réelle étant de fait plus dégradée. La caractérisation en jaune ne doit donc pas nous rassurer sur la situation de ce secteur.
Notre analyse écarte aussi les sites servant au soutien d'étiage (Blavet à l'aval de Guerlédan, Aulne à l'aval du lac Saint Michel, Elorn à l'aval du Drennec, Vilaine à l'aval des retenues de la Haute Vilaine).
Les débits affichés sur la Vilaine aval sont manifestement erronés (9,3 m3/s le 14 juillet) mais continuent à être utilisés pour l'étiage.
4- Consommation dans les barrages
Les prélèvements dans les barrages pour l'approvisionnement en eau potable se font à un rythme rapide, jusqu’à +15 % dans certains secteurs. La disponibilité d'outils de gestion dans toutes les retenues permet de limiter les impacts sur le consommateur, mais des tensions pourraient être observées sur la retenue de Kerné Uhel (22). A titre d’exemple la carrière de Kerrous à Quimper est utilisée depuis quelques jours pour soutenir les débits du Steir et permettre un fonctionnement à plein régime de l'usine de potabilisation pour l'agglomération de Quimper.
Les mesures de restriction dans chaque département : en Côtes d'Armor, en Finistère, en Ille-et-Vilaine, et en Morbihan.
