Récolte d'algues de rive et aquaculture durable : échanges avec des professionnels

17 septembre 2019
Récolte d'algues de rive et aquaculture durable : échanges avec des professionnels

 

Echanges avec André Berthou

André Berthou, récoltant professionnel d’algues de rive, est également président du groupe de travail algues de rive au sein du Comité Régional des Pêches et des Elevages Marins (CRPMEM) de Bretagne. Il nous a consacré toute une matinée à reconnaître les algues d’intérêts pour les récoltants professionnels. Les valorisations peuvent être alimentaire (pour la consommation humaine, en condiment ou en plat principal, en additif), agro-alimentaire (engrais, complément alimentaire pour l’agriculture), cosmétique et médicale (recherche de molécule d’intérêt pour synthétiser). Chaque algue a son potentiel connu ou encore à découvrir…


 

La profession de récoltants d’algues de rive représente : 79 entreprises qui regroupent 150 professionnels plus 220 saisonniers.

4500 à 5000 tonnes d’algues sont récoltées à pied chaque année en Bretagne.

75000 tonnes sont prélevées par la pêche embarquée chaque année en Bretagne. La même quantité est importée en France.


 

Les 3 espèces principalement récoltées sont :

- palmaria palmata (dulse),

- chondrus crispus (pioca) pour les carraghénanes. Il s’agit d'agent d'épaississement et de stabilisation dans l'industrie alimentaire. Il porte le code E407 de la classification des additifs alimentaires,

- ascophyllum nodosum (engrais agricole + alginate +composé contre le mildiou + recherche vaccin). Les alginates permettent de produire des composés alimentaires comme les épaississants, gélifiants, émulsifiants et stabilisants de produits industriels les plus variés depuis les gelées alimentaires, les produits de beauté, jusqu'aux peintures et aux encres d'imprimerie.


 

  • La récolte d’algues de rive est-elle encadrée ?

Bien que ressource sauvage du littoral, la récolte d’algues de rives est contrainte par un cadre réglementaire qui permet à la fois de limiter l’accès à la ressource (licences et autorisation) et de prendre en compte le cycle de vie de chaque espèce pour la gestion de la ressource et lui assurer un taux suffisant de renouvellement (contraintes de tailles de coupe, de fermeture en période de reproduction et de jachère pour les espèces à croissance lente).

Pour suivre la pression de prélèvement, les professionnels sont tenus de remettre à la DDTM de leur territoire. Cette fiche de pêche est mensuelle, le récoltant professionnel y inscrit ses journées de pêche, les espèces pêchées, leur poids respectifs et le lieu de prélèvement (Cf. Carte de carroyage des zones de pêches définies par la profession)

http://www.bretagne-peches.org/modules/kameleon/upload/carroyage-algue-de-rives.pdf

Les profession a également lancé un programme d’évaluation et de suivi de la biomasse qui s’appuie sur ces fiches de pêche, des prospections de terrain via la méthode des cadrats et une expérimentation d’estimation de la biomasse par un drône.

Pour plus d’info : présentation du programme sur le site du CRPMEM de Bretagne

 

 

 

Aussi bien pour les professionnels que pour les plaisanciers, il ne faut pas oublier les bons gestes pour pérenniser la ressource :-)

Guide des bonnes pratiques – Récolte des algues de rives (Ed 2013, dernière mise à jour)


 

  • Quelle taille de coupe ?

Réponse, ça dépend, ça dépasse...

Parfois, il est préférable d’arracher certaines algues, sans quoi, elles ne repousseraient comme la chondrus crispus ou les laminaires. C’est pourquoi, les goémoniers embarqués utilisent une technique particulière : le scoubidou qui arrache toute l’algue y compris jusqu’à son stipe. Alors que pour les autres algues, mieux vaut laisser une certaine hauteur à partir du stipe. Exemple : on peut récolter la Saccharina latissima si elle fait 1,5 mètre de long, idem pour l’Himantalia mais à partir de 0,8 mètre pour cette espèce.


 

  • Les algues récoltées peuvent-elles être labellisées en AB ?

Les algues de rive étant récoltées sur le terrain, donc prélevées dans le milieu, leurs conditions de vie ne sont pas maîtrisées. Comment pourraient-elles, malgré tout, être labellisées en AB ? Est-ce possible ? Oui, à certaines conditions.

2 types de zones sont à prendre en compte. Les zones conchylicoles qui bénéficient d’un suivi régulier des services de surveillance sanitaires (ARS + Préfecture) et les zones hors conchylicoles dont le suivi est à la charge des professionnels (1000€/an /site).

- si la zone de prélèvement est située en zone conchylicole classée en A ou B (paramètre bactériologique)

- si Ifremer complète par une analyse physico-chimique validant la bonne qualité de l’eau

- si la masse d’eau est classée en bon état au regard de la directive EAU (masses d’eau côtières du SDAGE Loire-Bretagne)

- si la masse d’eau ne contient pas de prolifération d’algues vertes. A défaut ; le site peut être déclassé du fait de leur présence.

Pour plus d’info : Fiche de conversion algues de rives BIO


 

  • L’année 2019 a-t-elle été une bonne année ?

Selon André, l’année 2019 n’a pas été une très bonne année. Les températures élevées de début de saison (fin hiver-début printemps) ont dépigmenté les algues et leur ont donc fait perdre une partie de leurs propriétés organoleptiques. Les coups de vent de cet été ont fait perdre beaucoup de biomasse (arrachage par la houle).


 

  • Quels sont les impacts liés au changement climatique ?

Pour le moment, les principaux impacts proviennent de la modification des vents de mauvais temps : avant principalement venant du sud-ouest, il arrive de plus en plus fréquemment que le mauvais temps viennent du sud-est. Les zones avant abritées et riches en biomasse peuvent être balayées par ces vents de nouvelles orientations.


 

Echanges avec Pierre Mollo

Pierre Mollo est co-fondateur de l’Observatoire du Plancton, biologiste et enseignant-chercheur à Agrocampus Rennes (site de Beg Meil à Concarneau) passionné du plancton.

Premier ingénieur aquacole de France, il commence en 1969 par créer une installation de reproduction de larves de homards pour le repeuplement de la baie de Quiberon à Houat. Puis, appelé à travailler sur le site des paludiers de Guérande, il développe une association de culture du sel avec celles des palourdes. Son expérience est jonchée d’associations expérimentales de production aquacole au soutien des petits métiers artisans structurant déjà l’économie sociale du territoire, notamment pour assurer le repeuplement des espèces valorisées par les métiers en place sur le territoire.


 

  • L’aquaculture peut-elle être durable ?

Selon Pierre Mollo, le développement de l’aquaculture est valable et même soutenable à condition que l’aquaculture soit compatible avec l’environnement.

Exemples :

- production de larves de 1 à 3 mois pour repeuplement,

- recherches en aquaponie,

- associations d’espèces pour favoriser un métier en place. Exemple des huîtres élevées en clair à Oléron associées à des crevettes très fortement valorisées en restauration. Les huîtres ont besoin du phytoplancton qui est benthique. La crevette favorise l’absorption de ce plancton par l’huître en remuant le fond car pour manger son zooplancton, elle remue le fond et remet en suspension le phytoplancton pour les huîtres.

Il faut donc mieux réfléchir au modèle aquacole que l’on peut soutenir pour nourrir les plusieurs milliards d’humains que nous sommes, plutôt qu’être en opposition systématique. Il nous invite par-ailleurs à creuser la réflexion sur le développement de systèmes coopératifs entre métiers.


 

  • Le plancton est-il essentiel à la vie marine ?

Pierre Mollo expose brièvement que certains planctons sont favorables à la biodiversité marine, alors que d’autres présentent des risques environnementaux et sanitaires. Pour être très brefs, les planctons de la famille des diatomées et les copépodes sont essentiels à la formation de la chaîne alimentaire et au fonctionnement du milieu marin. Ces espèces sont néanmoins sensibles à la qualité de l’eau (les pesticides sont une source majeure d’atteinte à ces espèces). En revanche, les planctons des familles de dinoflagellés sont souvent toxiques. Le niveau de toxicité pouvant varier : de gêne digestive à trouble neuro-toxique et décès.

Pierre Mollo alerte de la présence de certains planctons dans l’air. Les aérosols marins contiennent également les planctons présents dans le milieu marin. La toxicité de certains dinoflagellés peut également se ressentir dans l’air. La santé des populations vivant sur le littoral serait-elle compromise par les effets des aérosols planctoniques ?

Pour approfondir le sujet : des études sont en cours via le programme de recherche IODYSSEUS


 


 

  • Quelques pistes pour aller plus loin

L’enjeu plancton, l’écologie de l’invirsible – Pierre Mollo et Maëlle Thomas-Bourgneuf

Le manuel du Plancton - Pierre Mollo et Anne Noury Éditions Charles-Léopold Mayer (ECLM), avril 2013

Plancton marin et pesticide, quels liens ? Françoise Quiniou et Geneviève Arzul Ed QUAE2014

 

Propos recuillis lors de notre journée d'étude algues et aquaculture durable le 03 setptembre 2019.
 

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