Le vrai du faux sur la sécheresse en Bretagne

01 septembre 2026
Le vrai du faux sur la sécheresse en Bretagne

Si les vagues de chaleurs sont derrière nous, la sécheresse est loin d’être terminée. Mais au vu des informations qui circulent, des opinions péremptoires énoncées, Eau et Rivières tient à rappeler quelques faits.


 

Il pleut depuis plusieurs jours, la sécheresse est-elle finie ?

Malheureusement faux

Depuis près de 10 jours, il a enfin vraiment plu sur une part notable de la région. Alors peut-on enfin souffler ? Pour les sols, à peine ; cela va permettre de les réhydrater sur quelques centimètres, parfois une quinzaine quand les orages ont été généreux, alors qu’ils avaient atteint des niveaux d’asséchement historique.

 

Mais pour l’eau potable et les milieux aquatiques, au vu du manque d’eau accumulé la réponse des rivières va rester modeste. Les débits vont remonter pendant quelques jours avant de s’abaisser à nouveau. La disponibilité pour produire de l'eau potable reste très faible. Il faudrait encore plusieurs semaines de pluies régulières pour éloigner le spectre de la rupture en eau potable.

 

Alors quand cela sera-t-il fini ? Difficile à dire, les acteurs de l’eau attendent avec impatience le mois d’octobre qui marque souvent le terme des périodes d’étiages. Mais le passé nous apprend que les sécheresses longues ne sont pas rares (100 à 160 jours) et ne se sont réellement terminées qu’à la fin du mois d’octobre. Toutefois lors de l’hiver 2016/2017, le remplissage d’une majorité des nappes et des barrages n’avait vraiment débuté qu’à la fin décembre. Il ne faut pas non plus oublier le risque d’un hiver sec comme en 1975 ou 1989.


 

La Bretagne, une région épargnée par le changement climatique ?

Faux !

Selon certains, la Bretagne – et particulièrement le centre Bretagne - serait une région refuge face au changement climatique.

 

Mais la réalité est toute autre. Du fait de sa géologie de granites et de schistes, le sous-sol breton ne dispose pas de nappe souterraine d'importance ; impossible donc de disposer d'un stock d’eau reportable d’une année sur l’autre comme dans d’autres régions. Résultat : les bretons puisent 75 % de leur eau potable dans les eaux de surface - au fil des rivières et dans des retenues par barrage. Or les eaux de surface sont plus sensibles au réchauffement, à l’évaporation et aux pollutions. Cette vulnérabilité est encore exacerbée par l'état de la ressource : 68% de nos cours d'eau sont dans un mauvais état au regard de la Directive cadre sur l'eau. Il faut y ajouter qu’il pleut en moyenne 2 fois moins dans l’Est de la Bretagne et sur les zones côtières, qu'à l'Ouest.

Voir notre article sur l'état de nos rivières

 

Mais, avec le changement climatique, il va pleuvoir plus en hiver

Vrai et faux

Si certains épisodes de pluies hivernaux comme ceux de 2025 et 2026 pourraient nous donner un sentiment d’augmentation du volume des pluies il faut regarder les précipitations sur plusieurs années pour se faire une idée de la situation. Et ces chiffres-là sont sans appel : l’eau disponible baisse. Cette tendance va s’aggraver avec le changement climatique, notamment en période estivale.

 

Ainsi selon l’observatoire de l’environnement en Bretagne, il faut s’attendre à :

  • Pour les températures, les canicules de 2026 se produiront une année sur deux en 2050 ;

 

  • Un régime des pluies différent, de moins en moins de « crachin breton » , de plus en plus de pluies abondantes en hiver et une baisse des précipitations en été de 11 % ;

 

  • Des hivers imprévisibles : malgré une augmentation moyenne des pluies entre janvier et avril, les précipitations resteront très variables, avec des risques accrus de sécheresses hivernale;

 

  • Une augmentation de 21 % de l’évaporation par les plantes et les surfaces en eau du fait de l’augmentation des températures ;

 

  • Un allongement des périodes de sécheresse des sols et de la durée des étiages avec des débits potentiellement plus faible de l’ordre de 14 %.

 

Dans ce cas, il suffit de stocker l’eau dans des "bassines" pour l’été ?

Faux, cela peut même aggraver la situation

La création de nouvelles retenues artificielles est souvent présentée comme "la" solution à la sécheresse. Dans les faits, il existe déjà plus de 45  000 retenues d’eau de plus de 1 000m² à travers la Bretagne. Or elles peuvent avoir des conséquences nombreuses et qui s’accumulent ; plus on a de retenues sur un bassin-versant plus les impacts sont marqués. La principale étant l’augmentation de la température de l’eau et donc de l’évaporation. Il peut ainsi être mesuré une différence de 8° entre l’amont et l’aval d’un plan d’eau.

 

Elle peuvent aussi impacter les volumes d’eau, et les débits des cours d’eau, notamment en période estivale, avec pour conséquence en aval, la baisse du niveau de la rivière. Parmi les autres impacts, on peut y ajouter le développement de cyanobactéries et des espèces exotiques envahissantes. Or une majorité des retenues bretonnes n’a aujourd’hui plus aucun usage, il faudra y réfléchir, en attendant elles contribuent à l’évaporation.

 

L’eau qui part à la mer est perdue

Faux

Cette litanie revient souvent dans les solutions de certains. Selon eux, l’eau douce qui arrive à la mer serait perdue, voire inutile ?!

 

L’eau douce qui arrive par les précipitations – parfois en grande quantité - participe au fonctionnement naturel des cours d’eau et des écosystèmes qui dépendent de cette eau (prairies humides, marais, estuaires, abords des cours d’eau, et la mer). Les zones estuariennes et côtières proches sont des espaces essentiels pour la reproduction de nombreuses espèces de poissons, et le développement des juvéniles. L'apport d'eau douce est essentiel à cette phase. Comme il l'est pour les huîtres, moules et autres coquillages.

Les deux tiers des espèces commerciales passent un moment de leur vie dans ces zones. Et cela représente trois quarts des volumes pêchés.


 

Lorsqu’il pleut, l’eau ruisselle plus vite qu’avant et n’a plus le temps de s’infiltrer

Vrai et c’est bien le problème

 

Car si les fortes pluies et les crues sont un phénomène naturel, les activités humaines viennent les aggraver, que ce soit par l’impact du changement climatique ou par l’aménagement du territoire. Ainsi, depuis 60 ans en Bretagne, la moitié des zones humides ont été détruites, les terres agricoles ont été drainées, le bocage a régressé et l’urbanisation s’est faite, en partie, dans des zones d’expansion de crues. Résultat ? Lors qu’il pleut, l’eau s’écoule plus rapidement. En Bretagne les pics de crues ont ainsi augmenté en moyenne de 25 % en 55 ans parfois beaucoup plus.

 

Pour Eau et Rivières, il s’agit donc de ralentir le cycle de l’eau en gardant l’eau le plus longtemps possible dans nos sols. Ralentir le cycle de l’eau lui permet de s’infiltrer progressivement, de limiter les risques d’inondations et de reconstituer les réserves des nappes. Cette eau peut ensuite être restituée progressivement aux cours d’eau, aux plantes et aux écosystèmes pendant les périodes de sécheresse. L’enjeu n’est donc pas de gérer l’eau lorsqu’elle est trop abondante ou lorsqu’elle vient à manquer. Il s’agit de retrouver un fonctionnement plus naturel du cycle de l’eau, en redonnant aux sols, aux cours d’eau et aux paysages leur capacité à retenir, infiltrer et restituer l’eau.

 

Oui il faut bien stocker l’eau... mais dans les sols !

 

Pour sauver l’agriculture, il suffit d’irriguer ?

Faux, pas seulement

 

Si l'implantation des légumes d'hiver a régulièrement échoué cet été, ce n’est pas par manque d'eau, mais du fait des températures, quand les températures sont caniculaires, même l'irrigation ne peut plus éviter les effets très négatifs sur la croissance des plantes, voire sauver des semis d'été il en est de même pour le maïs à la phase de floraison. La question centrale n'est donc pas l'irrigation, mais bien d'adapter nos cultures aux canicules.

 

Le fait d’irriguer n’est pas une mauvaise chose en soit. C’est même nécessaire à certaines cultures essentielles, telles que les fruits et légumes. Mais l’irrigation représente déjà 2/3 de la consommation d'eau en France, avec un pic en période estivale où elle représente alors jusqu’à 80 % de la consommation totale et ce alors même qu’elle ne concerne que 6% de la surface agricole utile (SAU). En outre l’irrigation en France concerne en premier le maïs, comme cela a pu d’ailleurs être observé cet été, même en Bretagne, parfois au milieu de journées caniculaires.

 

Pour Eau et Rivières, décrire le stockage de l'eau en retenue comme relevant du « bon sens » se révèle donc, dans les faits, souvent un « remède » pire que le mal. Car le stockage pour l’irrigation a tendance à créer un cercle vicieux de surconsommation de l’eau, rendant les irrigants dépendants des aléas climatiques annuels.

 

Sans nier l'intérêt de l'irrigation pour certaines cultures maraîchères notamment, c’est donc surtout le changement de modèle agricole, moins consommateur d'eau, plus respectueux du cycle naturel, moins destructeur des sols et moins émetteur de gaz à effet de serre qui permettra de s'adapter et de faire face au changement climatique.

 

Les touristes sont à l’origine des surconsommations estivales ?

Faux, pas uniquement

 

Ça varie suivant les territoires. L’arrivée de touristes sur un territoire augmente mécaniquement les consommations d’eau potable. Cette augmentation peut être aggravée par des changements de comportement estivaux (douches plus longue et plus nombreuses, piscines…). Toutefois, ces variations sont censées être anticipées par les producteurs d’eau potable. Certains secteurs touristiques ont d’ailleurs mis en place des programmes d’économies d’eau à destination de ce public qui montre des résultats. Il devient urgent de les généraliser.

 

Mais il ne faut pas pour autant oublier les autres consommateurs dont les industriels tels que Bretz dont l’usine de Pontivy avait dû baisser sa production afin de permettre d’alimenter l’hôpital et les citoyens. La période estivale correspond aussi – du fait de leur assèchement - au report des consommations des forages privés qui sont en Bretagne essentiellement pour l’élevage vers les réseaux publics d’eau potable. Ces reports peuvent être très importants et généralement mal suivis. Et comme ils coïncident avec l’arrivée des touristes, la confusion est facile.

 

Les solutions technologiques vont régler le manque d’eau

Faux, ça ne suffira pas du tout

 

Pour certains, il suffirait de développer des solutions technologiques pour faire face au manque d’eau (désalinisation, retenues…). Toutes ces « solutions » nécessitent beaucoup d’énergie, elles sont souvent coûteuses et peuvent avoir des impacts importants notamment en aval. Elles doivent donc être étudiées mais avec sérieux. Par exemple, la mobilisation des carrières pour stocker de l'eau qui serait potabilisée à leur fermeture peut ainsi, parfois être une opportunité Mais les conditions sont très restrictives (pas de drainage acide, pertes estivales, disponibilité pour un remplissage hivernal…), ce qui en limite largement le nombre.

 

Mais alors que faire ? La Cour des comptes nous dit que « la réduction des prélèvements apparaît comme l’unique solution à même de résoudre à court terme le problème fondamental du déséquilibre entre la disponibilité de la ressource et le niveau de ces prélèvements ». 

 

Pour garantir un accès à l’eau, nous devons donc en priorité adopter une culture de la sobriété. Pour cela, notre association souhaite que soit mis en œuvre un vaste plan en faveur des économies d’eau à destination de tous les usagers : citoyens, collectivités, agriculture, industriels... passant par exemple par la des-imperméabilisation, la fin de la tarification dégressive ou l’aide à l’installation de récupérateurs d’eau de pluies.

 

Eau & Rivières de Bretagne y contribue avec le projet « Communes engagées pour l’eau », qui vise à poursuivre et amplifier les démarches d’économies d’eau mais aussi à repenser l’aménagement du territoire en gérant l’eau à la parcelle et en ralentissant le cycle de l’eau dans le paysage grâce aux solutions fondées sur la nature.

 

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