Canicule et sécheresse 2026 : Aveugles pour combien de temps encore ?
Annoncées depuis plus de 15 ans, la canicule et la sécheresse sont au cœur de l’actualité. Il est aujourd’hui devenu évident que la Bretagne n’est plus à l’abri de ces phénomènes. Leurs conséquences sont lourdes pour le territoire.
Il faut que nous agissions tous aujourd’hui pour moins subir demain !
Pour Eau & Rivières de Bretagne, cela implique de développer la sobriété, de ralentir le cycle de l'eau, et de diversifier nos ressources d'eau potable
Une canicule historique, une sécheresse qui commence tout juste
La, déjà, deuxième canicule de l’année est historique avec des températures qui explosent les records partout en Bretagne, dont un pic à 42,5° à la Noé Blanche (35) le 24 juin et des conséquences catastrophiques :
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une importante hausse de la mortalité (+85 % de décès des 75 ans et plus selon SOS médecins), des centres hospitaliers débordés,
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une biodiversité en grande difficulté (874 appels en une journée à SOS Faune Sauvage Bretagne, mortalité piscicole, premiers assec de petits cours d’eau, température de l’eau qui augmente avec plus de 30° mesurés par les pécheurs dans certains cours d’eau bretons. Pour rappel la température de l’eau devient létale pour certains poissons dès 24°C.
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des centres équarrissage débordés face à la surmortalité rencontrés dans les élevages en particulier de volailles et de porcs
Ces températures extrêmes entraînent une augmentation de la consommation d’eau afin de satisfaire aux besoins d'hydratation ou de rafraîchissement, humains comme animaux d’élevage. Cette augmentation de la demande met les collectivités fournisseuses d’eau en grande difficulté, plusieurs usines de productions d’eau potable fonctionnent déjà à 100 % de leur capacité. À la moindre panne ou casse, tout le système de production peut s’effondrer et l’alimentation rapidement mise en péril. La sécurité incendie est fragilisée. À Pontivy, afin de fournir habitants et hôpital, il a été nécessaire de limiter fortement le fonctionnement de 7 sites industriels ; dont l’usine Brets de Noyal Pontivy tout juste construite. Et à laquelle notre association s’était opposée du fait de l’incapacité du pétitionnaire à même se soucier de sa capacité à subvenir à ses besoins en eau. Les faits nous donnent malheureusement raison.
Ces canicules successives contribuent aussi à assécher les sols et augmenter l’évaporation. Conséquence, une précocité inédite des mesures de restrictions : le Finistère et les Côtes d’Armor sont en vigilance sécheresse quand l’Ille-et-Vilaine et le Morbihan sont déjà au niveau d’alerte, et même alerte renforcée (niveau 3 sur 4) dans certains secteurs.
L’été risque donc d’être difficile si la chaleur intense revient et que les pluies tardent. Avec de potentielles conséquences en cascades encore mal estimées : sanitaires, agricoles, pour les activités économiques et pour la biodiversité. Surtout qu’une nouvelle canicule semble maintenant très probable à partir de la semaine prochaine.
Lien vers le site vigieau pour consulter les restrictions qui concernent votre commune
La Bretagne un territoire fragile face au manque d’eau et au changement climatique
Rappelons que la Bretagne est une région, particulièrement vulnérable aux sécheresses puisque nous puisons 75% de notre eau potable dans les eaux de surface (cours d'eau et barrages). L’eau de surface, et en particulier celle des barrages, voir sa qualité se dégrader en période de canicule. La traitabilité de l'eau réchauffée est plus compliquée. Les blooms de cyanophycées peuvent produire des toxines. Et l'évaporation augmente. Cette vulnérabilité est encore exacerbée par l'état de la ressource : 66 % de nos cours d'eau sont dans un mauvais état au regard de la directive cadre sur l'eau. De très nombreux captages ont été abandonnés en raison de leur contamination aux nitrates ou aux pesticides, leur production manque aujourd’hui.
Or, les effets du dérèglement climatique commencent tout juste à se faire sentir en Bretagne. L’observatoire de l’environnement en Bretagne prévient que pour 2050 nous devons nous attendre, si l’on ne change pas nos comportements, à une augmentation de la température moyenne de 2,7°C par rapport à la période pré-industrielle et une augmentation des besoins en eau de 27 % en majorité pour satisfaire aux besoins d’irrigation (selon l’étude France Stratégie 2025).
Une équation qui s’avérera insoluble s’il l’on ne fait rien car cette augmentation de température aura notamment comme conséquence :
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une baisse des précipitations en été de 11 %
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une augmentation de 21 % de l’évaporation par les plantes et les surfaces en eau du fait de l’augmentation des températures
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un allongement des périodes de sécheresse des sols et de la durée des étiages
Une politique nationale qui aggrave la situation
Pourtant le discours dominant continue de critiquer l’action des scientifiques, citoyens et de nos associations qui oeuvrent chaque jour pour informer, sensibiliser et proposer des solutions.
L’exemple du blocage violent des travaux de la CLE du SAGE Vilaine, le projet de report de 5 ans de l’interdiction de location des logements énergivores (qui sont aussi des bouilloires estivales) mais surtout la loi d’urgence agricole qui est en train d’être débattue au Sénat en sont des exemples frappant.
Pour ce dernier dossier, alors qu’il devrait travailler sur l’accompagnement à l’adaptation et la limitation du changement climatique ce projet de loi ne va qu’en aggraver les effets. A titre d’exemple le projet d’article facilitant la destruction des zones humides (qui limitent les crues plus nombreuses attendues, qui restituent de l'eau l'été), la diminution de la représentation des élus au profit du monde agricole dans les Commissions Locales de l’Eau, ou bien encore la cotutelle des agences de l’eau par le ministère de l’agriculture alors que 85% des recettes proviennent des usagers domestiques.
La création de retenues d'irrigation est, selon les chercheurs en hydrologie, l'exemple même d'une mal-adaptation au changement climatique: coûteuse, inefficace, illusoire.
Que faire face à cette situation qui se reproduira ?
Alors que faire ? Pour Eau et Rivières de Bretagne il s’agit de privilégier les solutions dites sans regret, celles qui seront bénéficiaires quelle que soit l’ampleur du changement climatique, et au contraire d’être prudent dans la mise en oeuvre de mal-adaptations qui peuvent avoir des effets secondaires indésirables sur le long terme (désalinisation, bassines pour l’irrigation du maïs…).
Premièrement pour garantir un accès à l’eau, nous devons tous adopter une culture de la sobriété :
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Pour cela nous souhaitons que soit mis en oeuvre un vaste plan en faveur des économies d’eau à destination de tous les usagers : citoyens, collectivités, agriculture, industriels... passant par exemple par l’adoption d’une tarification incitative. Les économies d’eau ne peuvent pas reposer sur les seuls particuliers. La sobriété n’est crédible que lorsque chacun s’efforce de réduire avec les autres. Nous menons à ce titre depuis 2024 l’expérimentation du projet communes engagées pour l’eau (auprès d’une dizaine de communes du territoire, dont Paimpol qui vient de se lancer dans le projet ce lundi 29 juin 2026.
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Car c’est en agissant tous ensemble que nous subirons moins les périodes de sécheresse. Continuons aussi de travailler sur les fuites de nos réseaux de distribution . Enfin, il faut que nos décideurs aient enfin le courage de refuser les projets fortement consommateurs d’eau quand les capacités du territoire à y répondre sont dépassées.
En savoir plus sur le projet communes engagées pour l'eau
En second lieu, il s’agit de ralentir le cycle de l’eau en gardant l’eau le plus longtemps possible dans nos sols :
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Le dernier rapport du GIEC préconise les solutions d’adaptation fondées sur la nature en stockant l’eau au sein des paysages et des sols en la ralentissant par tous les moyens (renaturation, hydraulique douce, hydrologie régénérative...), en favorisant l’infiltration hivernale et la retenue printanière. L’agriculture est particulièrement concernée car la teneur des sols breton en matière organique baisse toujours. Une forte évolution des systèmes de production est nécessaire en intégrant notamment le besoin d'une meilleure perméabilité des sols agricoles. Ainsi ce sont des dizaines de millions de m3 qui pourraient être stockés. La reconstitution d'un réseau de haies cohérent ralentit le ruissellement et amplifie l'infiltration vers les nappes.
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Les actions parfois menées de manière sectorielle devront être généralisées grâce à des politiques plus cohérentes à l’échelle des bassins versants : reméandrage des cours d’eau, protection du petit chevelu hydrographique avec création de nouvelles zones humides et de nouvelles ripisylves , désimperméabilisation, etc.
Il faut aussi protéger et diversifier nos ressources pour l’alimentation en eau potable :
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Se concentrer sur quelques ressources d’importance présente des risques peu pris en compte. Aurait-on déjà oublié le cas des usines de potabilisation de Chateaulin sur l’Aulne en 2019 qui, suite à un accident de méthaniseur n’ont pu eu le droit de produire de l’eau potable. Résultat ? 200 000 personnes privées d’eau potable pendant 5 jours. Il est aussi urgent de protéger et restaurer nos petits captages : renforcement et élargissement de l’aire de protection de nos captages, révision de la stratégie régionale « Captages prioritaires », réouverture des captages abandonnés, interdiction de l’usage des pesticides ;
L’habitabilité future de la Bretagne passera par un renforcement important de la résilience de nos sols et de nos paysages agricoles, ruraux et urbains.
C’est par la mise en oeuvre d'un panel de solutions s'appuyant tout à la fois sur les services écosystémiques de nos paysages, la sobriété des usages et la protection de la qualité de l’eau que les conflits autour de l’eau pourront être évités.
C'est aussi par ces mesures que nous pourrons éviter de sacrifier les milieux aquatiques à nos seuls besoins, au risque de découvrir trop tard les services bien réels, mais non directement visibles qu’ils nous rendaient gratuitement.
