Après les crues, bientôt la sécheresse ?

04 mai 2026
Après les crues, bientôt la sécheresse ?

Les mois de mars et d’avril 2026 ensoleillés et chauds ont déjà mis un terme aux bénéfices des pourtant importantes pluies hivernales. Or rappelons que la géologie bretonne ne permet qu'un stockage limité dans les eaux souterraines. Cela se traduit par des potentiels de risque d'étiage équivalents à 2011 ou 2022, sur la moitié ouest. Risques, mais pas certitudes. Reste que les effets du changement climatique sont de plus en plus perceptibles !

 

Un printemps déjà chaud...

Avec des moyennes mensuelles excédentaires de + 3,2 à 3,9°C par rapport aux trente dernières années, avril 2026 aura été exceptionnellement chaud en Bretagne. La végétation est très en avance. Preuve supplémentaire du dérèglement climatique, ces températures élevées ont aussi concerné les eaux de mer.

 

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Bénéficiant d'apports importants d'azote via les rivières de mi-janvier à mars (les teneurs en mer sont diluées mais plus élevées qu'en temps ordinaire), d'une lumière abondante depuis mars, de températures douces, les microalgues telles qu'alexandrium minutum (photo ci-dessus) avaient la place libre pour voir leurs populations littéralement exploser avec de réelles conséquences sanitaires. Aujourd'hui, les interdictions de ramassage de coquillages se multiplient car les niveaux de toxines paralysantes sont élevés. C'est une conséquences peu connue de la saturation en nitrates de la Bretagne.

 

...Et des pluies bien rares

Car à l'ensoleillement exceptionnel correspond une pluviométrie très limitée, en particulier en avril : 12 mm sur l'Ille-et-Vilaine, 14 mm en Morbihan, 17 et 18 mm sur les Côtes d'Armor et le Finistère ! Ces pluies très modestes ont en partie effacé le cumul excédentaire de l'année hydrologique 2025/2026. Entre septembre 2025 et aujourd'hui, les Côtes d'Armor ont même un cumul de pluie égal à la moyenne de celui des 30 dernières années.

En savoir plus sur le lien entre pluies et crues

 

Les températures élevées favorisent une évaporation par les plantes inhabituellement élevée ce qui a impacté l'indice de sécheresse des sols déjà anormalement fort.

 

Sauf pluies significatives (plus de 30 mm par période de 10 jours), les cultures de printemps partent avec un handicap de taille, du fait de leur implantation tardive, les champs saturés d'eau ayant été peu praticables pour les travaux agricoles en mars. Et l'herbe (des premières coupes ont été réalisées un peu partout) et les cultures d'hiver (céréales, colza) arriveront à maturité en avance, le rendement dépendant maintenant de pluies significatives.

 

Cette situation doit alarmer sur la perte de matière organique dans les sols qui se traduit par une capacité de réserve en eau réduite de 10 mm au moins et par les effets desséchants des vents que le bocage dégradé ne limite plus guère .

 

Des réserves inégales dans les nappes

On observe, au 1er mai, un fort contraste régional. Les nappes d'Ille-et-Vilaine sont à un niveau moyen. Si les niveaux observés en Côtes d'Armor ont été élevés en février, ils ont beaucoup baissé et sont juste supérieurs à ceux mesurés en 2025 et 2011.

 

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Source : BRGM Siges Bretagne, traitement des données Eau et Rivières de Bretagne

 

Situation un peu moins tendue dans le Finistère où les niveaux sont équivalents à ceux de mai 2022 mais sont encore supérieurs à ceux de 2011. Les granites, qui ont une capacité de stockage plus grande, sont mieux remplis. En Morbihan, il faut distinguer l'Est avec des niveaux bas, mais pas exceptionnels, et l'Ouest moins favorisé, au niveau de 2022.

 

On est donc dans une situation moyenne à assez tendue, mais seules de fortes pluies pourraient éviter un scénario sec.

 

 

Quels débits pour cet été si la pluie reste rare ?

Pronostiquer l'évolution estivale est toujours difficile à cette date. Les deux semaines orageuses de juillet puis août 2025 soulignent les limites de l'exercice, pourtant essentiel à plusieurs semaines et mois. Des études de tarissement au 1er juin éclaireront le risque de franchissement de seuils de gestion.

 

Parmi les stations de référence, six rivières ont attiré notre attention car leurs débits au 1er mai, ne sont observés qu'une fois tous les 10 ans : la Douffine, la Mignonne, l'Odet et l'Isole (29), l'Ellé et l'Inam (56), particulièrement bas, proches de ceux de 1976, année critique de référence. Ces cours d'eau sont habituellement soutenus par des pluies abondantes, absentes cette année. La faible capacité des aquifères du centre Bretagne explique la tension observée.

 

La situation est assez tendue en Côtes d'Armor, avec des débits équivalents à ceux d'autres années sèches (2011, 2022), moins problématique en Ille-et-Vilaine et dans l'est du Morbihan, avec des débits un peu faibles, mais courants. Il n'est guère surprenant que les valeurs soient inférieures à la médiane sur toute la région, sans que ceci soit encore critique.

 

Alors que les débats nationaux sur la gestion quantitative de l'eau sont très tendus, la Bretagne qui dépend très majoritairement des eaux de surface pour le service de l'eau potable, avec ou sans stockage, ne dispose pas vraiment de marge pour d'autres prélèvements. Si les volumes totaux écoulés chaque année ne varient guère pour l'instant, la quantité d'eau passant les 10 jours les plus forts de l'année augmente nettement. Plus d'eau en peu de jours, c'est plus d'érosion des sols, ce sont des particules de terre qui vont sédimenter dans les retenues de moins de 100 000 m3 et en réduire  assez vite le volume.

 

Conséquence de cette évolution des volumes de crue, c'est la durée des débits très faibles qui augmente de 15 jours à l'Ouest de la région, et d'un mois à l'Est.

 

 

Les données utilisées pour cet article proviennent du site infoclimat pour la météorologie, de la banque hydro et la DREAL Bretagne pour l'hydrologie, présentation et analyse Eau et Rivières de Bretagne.

 

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