Politique de l’eau, l’agriculture industrielle en roue libre

10 avril 2026
Politique de l’eau, l’agriculture industrielle en roue libre

Les chambres d’agriculture à nouveau à la manœuvre au plus haut niveau de l’État pour affaiblir la politique de l’eau. Ne nous trompons pas de débat : ce n’est pas l’environnement qui menace l’agriculture, mais au contraire l’agriculture industrielle qui menace l’environnement.

 

Le courrier des Chambres d’agriculture appelant à retarder les SDAGE 2028-2033 ne peut rester sans réponse, en particulier en Bretagne où la crise de l’eau est déjà une réalité tangible. Derrière les arguments de calendrier et de complexité se profile une tentative préoccupante de desserrer l’exigence environnementale au moment même où elle devrait être renforcée.

 

En Bretagne, chacun le sait : les cours d’eau sont dégradés, les marées d’algues vertes persistent, et les épisodes de sécheresse se multiplient. Cette situation n’est pas une abstraction technocratique, mais le résultat de décennies de pressions sur la ressource dont la responsabilité principale incombe à l’agriculture intensive. Dans ce contexte, demander de ralentir l’adoption des SDAGE revient à repousser encore les réponses attendues par les citoyens, les associations et les territoires.

 

L'intérêt public majeur

Le SDAGE Loire-Bretagne n’est pas un document parmi d’autres. Il est le cadre qui doit permettre de restaurer la qualité de l’eau, de protéger les milieux aquatiques et de garantir un partage équitable d’un bien commun vital. Porteur d’un intérêt public majeur, l’accès à l’eau, il s’inscrit dans des obligations claires issues de la Directive-cadre sur l’eau et de la loi sur l’eau de 2006. Ces textes ne sont pas optionnels : ils traduisent un choix démocratique fort, celui de préserver durablement la ressource.

Or, ce cadre est aujourd’hui fragilisé. En contestant la portée des orientations proposées, en refusant la notion de sobriété lorsqu’elle implique une réduction des prélèvements, et en appelant à revoir des dispositions jugées trop contraignantes, les Chambres d’agriculture prennent le risque d’entretenir le statu quo. Pourtant, en Bretagne, ce statu quo est précisément ce qui a conduit à l’impasse actuelle.

 

Il ne s’agit pas d’opposer agriculture et environnement

Mais il est indispensable de rappeler que l’intérêt général ne peut être invoqué à géométrie variable. Rappelons que « ce n’est pas l’environnement qui menace l’agriculture, mais au contraire l’agriculture qui menace l’environnement ». L’eau est un bien commun, et sa gestion doit primer sur les intérêts sectoriels lorsqu’ils menacent les équilibres écologiques. Les agriculteurs peuvent être des acteurs de la transition, mais cela suppose d’accepter des évolutions réelles des pratiques, et pas seulement des ajustements à la marge.

 

Reporter les SDAGE, c’est envoyer un signal dangereux : celui que, face à l’urgence climatique et écologique, on peut encore gagner du temps. En Bretagne, nous n’avons plus ce luxe. Chaque été plus sec, chaque rivière plus fragile, chaque plage fermée pour cause d’algues vertes rappelle l’ampleur du défi.

 

L'accès à l'eau pour les humains est un intérêt public majeur (arroser du maïs pour nourrir des cochons, en revanche, ça se discute). Le SDAGE est un instrument collectif de défense de cet intérêt public majeur, et ce qui gêne les chambres, est peut-être qu'il est démocratique : on débat, et celui qui l'emporte n'est pas celui qui a le plus gros tracteurs, ou qui crie le plus fort.

 

Ce que nous demandons est simple : maintenir le calendrier, renforcer l’ambition et respecter pleinement les processus de démocratie environnementale. Parce que derrière les sigles et les procédures, il y a une réalité concrète : celle de notre eau, de nos rivières, et de l’avenir des territoires bretons.

 

 

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