Carrière Imerys à Glomel : Eau & Rivières saisit le préfet et dépose plainte

24 juillet 2026
Carrière Imerys à Glomel : Eau & Rivières saisit le préfet et dépose plainte

A la suite des multiples révélations mettant en lumière la commission avérée ou suspectée d’atteintes à la législation environnementale dans le cadre de l’exploitation de la carrière d’Imérys à Glomel, Eau & Rivières de Bretagne décide d’interpeller le préfet des Côtes d’Armor afin de lever le flou entourant le respect des conditions d’exploitation de cette carrière et dépose plainte auprès du procureur du tribunal de Saint-Brieuc. Ces atteintes sont d’autant plus graves qu’elles interviennent dans un contexte environnemental extrêmement sensible...

Des incidents qui se répètent...

Eau et Rivières siège depuis des années au sein du comité de suivi de site (CSS) de la carrière de schistes à andalousite exploitée par la société Imérys à Glomel. C'est notamment à ce titre — par les rapports de l'exploitant, les comptes rendus de réunion et les déclarations faites en séance — que nous avons pu observer ces deux dernières années une série de rejets d'eaux non conformes dans le milieu naturel :

  • Le 27 novembre 2024 : rejets non conformes sur les paramètres fer, aluminium et manganèse, sans qu’aucune autre donnée chiffrée ne nous soit communiquée dans le cadre de nos demandes en CSS ;

  • Du 18 au 22 décembre 2025 : rejets non conformes, sans qu'aucune donnée précise ne nous soit communiquée dans le cadre de nos demandes en CSS ;

  • Fin février 2026 : un rejet d'environ 15 000 m³ d'eaux brutes (soit quinze millions de litres), donc sans aucun traitement, mentionné oralement lors de la réunion du comité de suivi du 23 juin 2026. À ce jour, aucune donnée complémentaire n’a été transmise malgré nos demandes en CSS.

En parallèle, le média d'enquête Splann ! a révélé en fin mars 2026, sur la foi du témoignage d'un ancien salarié, un déversement de substances polluantes — xanthate et sulfonate — survenu en juillet 2021. Le parquet de Saint-Brieuc a ouvert une enquête début avril 2026, après un signalement au titre de l'article 40 du code de procédure pénale émanant du conseiller municipal de Glomel, Jean-Yves Jégo.

Ces épisodes amènent à s’interroger sur l’état de fonctionnement d’une installation dont l’exploitante rappelle « l’importance stratégique pour l’Europe »… L’industriel invoque systématiquement des pannes de pompes à répétition, l'absence de matériel de secours et des délais d'intervention qui interrogent sur les moyens réellement mobilisés — alors même que dans sa communication, l’industriel présente son exploitation comme exemplaire.

… et une surveillance dont la transparence pose question

L'arrêté d'autorisation du 20 juin 2024 permettant notamment l’ouverture d’une quatrième fosse (que nous avons contesté devant le tribunal administratif de Rennes) prévoyait des garde-fous : des piézomètres complémentaires autour du point RO1, et une étude destinée à comprendre la dérive des teneurs en métaux observée dans les eaux souterraines.

Ces piézomètres sont relevés chaque mois. Mais les informations ne nous parviennent que sous forme de moyennes annuelles jusque 2021, avec une lacune entre 2021 et 2025 après quoi, seules des moyennes mensuelles nous ont été communiquées à notre demande. Cette difficulté avait pourtant été relevée par la Mission régionale d'autorité environnementale, et nous l'avions nous-mêmes signalée dans notre déposition à l'enquête publique.

Les résultats du seul moi de mai 2025 que la préfecture a bien voulu nous transmettre mettent en évidence une nette aggravation de la contamination aux métaux et aux sulfates. Elle progresse silencieusement sous terre, vers l'aval, en direction du canal de Nantes à Brest. A ce stade, il ne peut être exclu une pollution de grande ampleur.

À cela s'ajoute un phénomène propre aux sites miniers et bien documenté : le drainage minier acide. Lorsque les eaux de pluie ruissellent sur des stériles riches en sulfures, elles s'acidifient et se chargent en métaux, qu'elles transportent ensuite vers le réseau hydraulique.

Le tout sur un secteur exceptionnellement fragile

La carrière occupe un secteur que les hydrologues qualifieraient de tout sauf ordinaire. Nous sommes en effet ici en tête de bassin versant, c'est-à-dire à l'endroit précis où « naissent » les cours d'eau — en l’absence de toute possibilité de dilution...

Le contexte aval, lui, cumule les enjeux :

  • la réserve naturelle régionale de Magoar Penvern, à quelques kilomètres seulement du point de rejet, dont les landes, les zones humides et les ruisseaux abritent un cortège d'espèces remarquables ;

  • deux captages d'eau potable, qui alimentent des milliers d'habitants du nord-ouest du Morbihan, ainsi que de nombreuses industries agro-alimentaires qui ne disposent pas de solution de secours en cas de pollution de l'eau, surtout en été : les interconnexions avec d'autres zones sont quasi inexistantes. Il est difficile d'ignorer la pollution de l'Ellé par le rejet de la carrière le 1er novembre 1994… et ses conséquences pendant plus d'un mois ;

  • vers le nord, les étangs du Korong, du Mezouët avec sa prise d’eau et de Trébel, puis le canal de Nantes à Brest ;

  • les deux bassins versants de l'Ellé et du Blavet, dont la sensibilité patrimoniale et la fragilité sont avérés.

On imagine ainsi aisément les dégâts causés sur ces milieux par les phénomènes décrits ci-dessus.

Ce que nous demandons au préfet

La réunion du comité de suivi du 23 juin 2026 n'a pas permis d'informer correctement la population, les élus et les associations.

Nous avons donc écrit au préfet des Côtes-d'Armor pour lui demander d'organiser une réunion de l'ensemble des parties prenantes, ce, en vue de lever le flou entourant l’encadrement, le suivi et le contrôle de cette exploitation. Nous estimons qu’au regard de la gravité des risques et impacts environnementaux et sanitaires qu’une telle exploitation fait peser sur la population et les milieux récepteurs, et de la fréquence des incidents intervenus ces dernières années, la transparence est une priorité. Et plus que la transparence : que la prévention de ces risques soit bel et bien assurée. En l’état, il y a malheureusement lieu d’en douter. Nous demandons donc que ces manquements cessent !

 

Nous avons également saisi la justice

En complément de cette démarche auprès de l'État, nous avons déposé plainte auprès du procureur de la République de Saint-Brieuc afin que l’ensemble des infractions susceptibles d’avoir été commises ne restent pas impunies. Cette plainte intervient également en appui du signalement sus-mentionné porté par le conseiller municipal de Glomel, Jean-Yves Jégo. Pour rappel, cette exploitation n’en est pas à sa première procédure pénale, puisqu’elle avait déjà été déclarée coupable de pollution de cours d’eau en 2018...

 

 

 

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