Protéger les haies, c’est aussi protéger l’eau

25 août 2026
Protéger les haies, c’est aussi protéger l’eau

L’année 2026 illustre les bouleversements auxquels notre région doit désormais faire face. Après un automne et un hiver très arrosés, la situation s’est rapidement dégradée au printemps, avant plusieurs épisodes de fortes chaleurs et un mois de juillet particulièrement chaud et sec. Cette succession d’événements nous rappelle une réalité : la Bretagne n’est pas à l’abri du manque d’eau et des conséquences du changement climatique.

 

En Bretagne, un printemps et un été qui doivent nous alerter. Il a plu cet hiver. Beaucoup. Et pourtant, quelques mois plus tard, la Bretagne a connu la sécheresse, des restrictions d’eau, des rivières dont les débits diminuent et une végétation fortement marquée par les fortes chaleurs.

Dans ce contexte, une question devrait guider nos politiques publiques : comment préserver les éléments naturels qui permettent à nos territoires de mieux retenir, infiltrer, filtrer et restituer l’eau ? Parmi eux, la haie occupe une place essentielle.

Une haie n'est jamais seulement une haie. Une haie bocagère ne constitue pas seulement un élément de paysage. Elle ralentit le ruissellement, limite l’érosion, favorise l’infiltration de l’eau, protège les sols, accueille la biodiversité et participe aux continuités écologiques.

Mais surtout, elle fonctionne en interaction avec son environnement. Une haie située en amont d’une zone humide, d’un cours d’eau ou d’une zone de captage participe à un système hydrologique plus vaste. Connectée à d’autres haies, elle contribue également au fonctionnement du réseau bocager. 

Une haie est donc un élément d’un système. Ce système comprend les sols, l’eau, les cours d’eau, les zones humides, les cultures, les prairies, les boisements et les zones de captage. Pourtant, nos politiques publiques continuent trop souvent à traiter ces éléments séparément.

La nature, elle, ne fonctionne pas en silos.

Penser le bocage comme un cycle

L’exemple de l’eau est particulièrement parlant. Lorsqu’une pluie tombe, une partie peut ruisseler rapidement ou, au contraire, être ralentie et infiltrée dans le sol. Les haies, les talus, les prairies et les zones humides participent à cette régulation. L’eau infiltrée peut ensuite rejoindre les nappes et contribuer à soutenir les cours d’eau pendant les périodes sèches.

Préserver l’eau ne consiste donc pas uniquement à protéger un captage ou une rivière. Il faut aussi préserver les sols et les paysages qui permettent à cette eau de s’infiltrer et d’être stockée.

Préserver une haie en amont d’un captage peut ainsi être une action de protection de l’eau. Préserver un talus peut contribuer à limiter l’érosion. Préserver un réseau bocager peut participer à l’adaptation du territoire au changement climatique. Ces enjeux sont liés.

L'expertise de terrain est indispensable

C’est pourquoi l’expertise des techniciens bocage est essentielle. Une carte peut indiquer la présence d’une haie et un formulaire peut comptabiliser les mètres linéaires concernés. Mais seule l’observation de terrain permet de comprendre réellement le rôle de cette haie dans son environnement.

Le technicien peut identifier un talus, une zone de ruissellement, une connexion avec une zone humide ou un cours d’eau, une continuité écologique ou encore le rôle de la haie dans la protection d’un captage. Il peut également accompagner le porteur de projet dans la recherche d’alternatives et permettre d’appliquer réellement la séquence Éviter – Réduire – Compenser.

Le technicien bocage n’est donc pas un intermédiaire administratif supplémentaire : il est un acteur de la compréhension du territoire. Affaiblir cette expertise au nom de la simplification serait paradoxal. Nous avons besoin de procédures plus lisibles, mais aussi de décisions mieux éclairées par la réalité du terrain.

Ne pas perdre la multifonctionnalité du bocage

La loi OSARGA avait posé une ambition intéressante en reconnaissant notamment le caractère dynamique et multifonctionnel des haies.

Cette multifonctionnalité est essentielle : une même haie peut protéger les sols, ralentir l’eau, favoriser la biodiversité, contribuer à la qualité de l’eau, protéger les cultures et participer au stockage du carbone.

Comment alors évaluer correctement une haie en ne regardant que sa longueur ou sa catégorie ?

Le risque du futur Guichet Unique est que la simplification administrative conduise progressivement à simplifier la réalité écologique elle-même.

Nous ne sommes pas opposés à la simplification des démarches. Nous refusons en revanche que celle-ci conduise à une approche où chaque haie est considérée isolément, sans tenir compte de son environnement et des fonctions qu’elle remplit.

Les consultations publiques : un rendez-vous important

Le déploiement du Guichet Unique de la Haie entre désormais dans une phase concrète. Les textes départementaux préciseront des éléments essentiels comme les périodes d’interdiction des travaux, les coefficients et les seuils de compensation ainsi que les pratiques de gestion usuelle.

Ces consultations publiques seront donc un moment important pour faire entendre les enjeux propres à nos territoires.

Notre association suivra attentivement ces consultations et proposera prochainement un argumentaire détaillé pour permettre à chacun de comprendre les textes soumis à consultation et de participer au débat.

Nous reviendrons notamment sur :

  • la place de l’expertise des techniciens bocage ;

  • la prise en compte du cycle de l’eau et des bassins versants ;

  • la séquence Éviter – Réduire – Compenser ;

  • les modalités de compensation ;

  • la prise en compte des inventaires et des réalités locales.

Parce que l’eau, les sols, la biodiversité et le bocage ne sont pas des sujets indépendants. Ils font partie du même système.

À l’heure où la Bretagne connaît des épisodes de sécheresse et de fortes chaleurs de plus en plus marqués, nous devons préserver les infrastructures naturelles qui contribuent à la résilience de nos territoires.

Simplifier les démarches, oui.
Simplifier le vivant, non.


 

 

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