L'association Eau & Rivières de Bretagne

 

Eau & Rivières de Bretagne a succédé à l'Association pour la Production et la Protection des Salmonidés en Bretagne (APPSB) créée à Carhaix en novembre 1969 par des pêcheurs de saumons inquiets de la diminution des captures de ce poisson migrateur dans les rivières bretonnes.logo APPSB

Au début des années 70, l'APPSB :

  • lance des opérations bénévoles de nettoyage des cours d'eau (Scorff, Elorn, Ellé, Leff …) qui mobilisent des milliers de citoyens, pêcheurs, riverains, amoureux des rivières, pour sortir les cours d'eau bretons de l'abandon sous lequel ils étouffent ;
  • suscite avec le concours de l'INRA et du CNEXO (qui deviendra l’IFREMER), les premières études scientifiques qui vont permettre de connaître la biologie du saumon breton.
  • engage un travail d'analyse et de propositions pour une meilleure gestion de la ressource salmonicole.

La prise de conscience des multiples pollutions qui détruisent les rivières, des lacunes et incohérences de la gestion de l'eau conduisent l'APPSB à évoluer dans son combat, l'association élargit son action de la protection du saumon, à la préservation  de la ressource en eau, des sources à la mer. Deux slogans (« Quand le poisson meurt, l'homme est menacé » et « Nos truites protègent vos huitres ») illustrent cette évolution également traduite dans le thème des congrès de 1979 (« Du saumon à l'homme ») et de 1984 (« De l'eau pure pour une économie saine »).

 

Quelques exemples de succès à son crédit

On lui doit un grand nombre de succès pour le plus grand profit de nos rivières et milieux aquatiques.

  • De 1970 à la fin des années 80, les militants associatifs redonnent vie aux rivières en popularisant les opérations « Rivière propre », ils assurent le nettoyage des rivières, organisent leur entretien, mobilisent des financements des collectivités et de l'agence de l'eau, contribuent à l'émergence du métier de technicien de rivière. Au-delà des résultats concrets de cette démarche, qui a permis aux principales rivières de la région d'être restaurées, celle-ci a également permis de sensibiliser les bretons aux enjeux de la protection de leur patrimoine naturel.
  • Au lancement des premières études scientifiques sur le saumon se sont progressivement ajoutées des travaux visant à aménager les obstacles à leur migration, et avec le concours de quelques associations de pêche pionnières (Elorn, Léguer, Trieux, Aven, Scorff...) des mesures de gestion de la pêche en eau douce (déclarations des captures, prélèvements d'écailles, instauration de réserves de pêche, évolution des dates d'ouverture…). Ces actions, complétées par le nettoyage des zones de frayères, ont contribué à faire de la Bretagne la première région de France pour le saumon.
  • Depuis plus de 40 ans la vie de l'association est émaillée de mobilisations populaires. Elles ont permis dans de nombreux cas et au côté du tissu associatif breton de faire pression sur les pouvoirs publics ou les industriels : 1969, 400 personnes manifestent au Zuliou à Quimperlé contre une pisciculture polluante – 1981, les manifestations anti-nucléaires de Plogoff sont soutenues par Eau & Rivières, un peu partout en Bretagne des militants de l'association s'opposent à l'installation de mines d'uranium – 1998, à Binic 6000 personnes se rassemblent pour dire « Non aux marées vertes » - 2003, à Lamballe 4000 personnes manifestent sous le slogan « Pollutions, tous victimes » et sous protection policière tellement la manifestation dérange les tenants de l'agriculture industrielle ! - 2013, Notre Dame des Landes, 30 000 personnes entourent la ZAD (Zone A Défendre),parmi eux les membres d'Eau & Rivières de Bretagne engagés pour protéger les zones humides. Depuis 2003 elle réunit chaque printemps plus de 3000 personnes à Belle-Isle-en-Terre autour d’une Fête du jardinage et de l’agriculture.
  • En 1981 l’association accueille à Belle-Isle-en-Terre les premières classes de rivières dans ce qui deviendra le premier Centre régional d’initiation à la rivière. Dans le même temps elle sera à l’origine du projet de Maison de la rivière au bord de l’Elorn à Sizun, aujoud’hui équipement majeur du Parc Régional d’Armorique. Elle n’aura de cesse d’élargir son action éducative qui atteint aujourd’hui près de 12000 journées animation et concerne plus de dix emplois d’animateurs nature répartis sur toute la Bretagne.
  • En 1983, elle engage un bras de fer avec l'élevage industriel porcin et l'État. Elle alerte sur l'illégalité massive des élevages industriels, fait constater les dépassements des effectifs animaux dans plusieurs ateliers, saisit la justice, fait condamner de nombreux responsables de cette filière. Cette action obligera l'élevage breton à appliquer la législation environnementale et réduire les épandages de lisier.
  • L'association mène depuis 1980 une importante action en justice (plus de 600 jugements ou arrêts rendus) qui crée une jurisprudence favorable à l'environnement, améliore la législation, et sensibilise les acteurs privés et publics. Cette stratégie contentieuse permet d'améliorer les politiques environnementales dans des domaines aussi divers que l'épuration des rejets urbains (condamnations des plusieurs maires d'Ille-et-Vilaine en 1999), la publicité mensongère des pesticides (condamnation de Monsanto pour sa publicité mensongère du Roundup en 2008),  la protection des captages d'eau potable (condamnation de la France par la Cour Européenne de Justice  en 2001), les épandages de lisier, l'extension des élevages hors-sol, la pollution des eaux par les pesticides, les marées vertes (condamnation de l'Etat en décembre 2009)...
  • En 1999, le barrage de Kernansquillec à Plounévez-Moedec dans les Côtes-d'Armor est déconstruit ; cette démolition permet au Léguer de retrouver son caractère sauvage et aux poissons migrateurs de remonter à nouveau le cours d'eau. Cette suppression complète les combats engagés aux quatre coins de Bretagne pour s'opposer aux projets de barrages (Trieux, Ellé, Aulne ).
  • En 2002, l'association publie et diffuse une affiche pastiche de la campagne de communication officielle de Bretagne Eau Pure. La petite Jeannette y dit « J'aurai les yeux de mon père, le nez de ma mère. Des nitrates dans mon biberon et des algues vertes sur ma plage ». L'affiche fait grand bruit et symbolise la capacité de l'association à communiquer, ce qu'elle fait du local au national.
  • Sur demande de l'association, les 4 préfets bretons signent en 2004 pour la première fois en France un arrêté d'interdiction du traitement par pesticides des rives de cours d'eau, fossés (même à sec), caniveaux et avaloirs d'eau pluviale.
  • Acteur majeur du débat public sur l’eau dans la région, Eau & Rivières de Bretagne déploie une expertise citoyenne au travers de la participation de plus d’une centaine de bénévoles dans près de 300 instances du dialogue environnemental soit plus de 600 réunions et 3000 heures en 2016.

 

L'eau préoccupation majeure

On doit donc à Eau & Rivières de Bretagne d'avoir au fil des années, avec son réseau de 107 associations membres en 2017, imposé la question de l'eau dans le débat public et relayé un des sujets de préoccupation majeure des Bretons. Association agréée au titre de la protection de la nature, de la défense des consommateurs, de l'éducation nationale et de l'éducation populaire, l'association organise son action autour de trois démarches complémentaires :

  • un travail assidu d'éducation populaire destiné à éveiller les consciences et provoquer les changements de comportements collectifs et individuels qu'impose la gestion durable des ressources naturelles. Parmi ces démarches, la formation des bénévoles, l'information des citoyens, et l'éducation à l'environnement qui représente chaque année plus de 12000 jours/animations notamment au sein du Centre régional d'initiation à la rivière de BIET, premier centre de ce type, créé en 1987 par l'association et la commune.
  • la concertation et la participation au travers du dialogue civil véritable levier des politiques publiques de territoire : la légitimité sociale, l'expérience et l'expertise de l'association est mobilisée par des centaines de bénévoles dans le cadre des concertations engagées au sein de plus de 300 instances commissions (locales, départementales, régionales et même parfois nationales).
  • l'alerte et la contestation, qui s'exercent par des campagnes de communication, des manifestations, des recours en justice,  dans le cadre d'un contre pouvoir que l'association entend exercer en totale liberté et indépendance

« A travers l’itinéraire de l’association Eau et Rivières de Bretagne, se dévoilent les interactions entre la société et les associations, entre les pouvoirs publics, la société civile et les groupements associatifs. De la protection du saumon à celle de l’eau, l’histoire d’Eau et Rivières de Bretagne est marquée par le développement de ses actions, par la modification des intérêts qu’elle défend et par l’élargissement de son projet social. Par sa capacité d’adaptation interne, de contestation et d’innovation sociale, elle participe à la construction sociale d’un problème environnemental et à sa prise en compte politique. Des facteurs exogènes, politiques (les lois sur la pêche et l’eau, les lois de décentralisation, Bretagne Eau Pure…), économiques (prédominance du modèle agricole breton), culturels (préservation d’une langue régionale, bretonnité…) et sociaux (réseau associatif) en interaction avec des facteurs endogènes, notamment idéologiques, ont participé à sa transformation progressive. Traversant des périodes de crises – révélatrices des difficultés internes d’une société face au changement –, Eau et Rivières de Bretagne s’est adaptée, en remaniant ses statuts et en diversifiant ses actions. Sa capacité d‘adaptation est révélatrice de son degré d’engagement. Par les stratégies qu’elle a mises en place, elle a participé à la construction de la société régionale et même nationale.
Le phénomène associatif se trouve au centre du changement social parce que les associations traduisent les préoccupations de la société civile en anticipant la demande sociale et en mettant en évidence les carences du système politique. Elles sont des lieux d’innovation sociale et d’apprentissage de la vie collective
. »

Extrait : Anne-Paule Mettoux, « Associations et changement social. Le cas d’Eau & Rivières de Bretagne, association de défense de l’environnement », 2004.

 

Son organisation

Libre de toute appartenance politique, syndicale, professionnelle et confessionnelle, Eau & Rivières de Bretagne oeuvre en toute indépendance et de manière désintéressée dans les quatre départements bretons, la Manche et la Loire-Atlantique, aidée d'une équipe d'une quinzaine de permanents et d'une bonne centaine de militants dont fait partie son Conseil d'administration. L’association s'appuie également sur un réseau d'adhérents fort de plus d'un millier de personnes, et bénéficie du soutien de 107 associations membres en 2017 réparties dans le grand ouest.

 
Comme le prévoit la réglementation, le rapport moral, le rapport d'activité, le compte de résultat et le bilan, sont consultables ci-dessous. Ces comptes ont été vérifiés et certifiés, comme le prévoit la législation, par un commissaire aux comptes.