Situation bretonne

Situation bretonne

Les eaux superficielles

De nombreuses collectivités, services de l'État ou établissements publics procèdent à des prélèvements réguliers afin de suivre la contamination des eaux bretonnes par les pesticides. La Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) diffuse les résultats de son suivi sur dix rivières de la région Bretagne, le réseau CORPEP (Cellule d'orientation régionale pour la protection des eaux contre les pesticides).

Depuis 2010, on observe une fluctuation du nombre de molécules retrouvées dans le cadre de ce suivi. En baisse entre 2009 et 2011, ce nombre est reparti à la hausse en 2012 jusqu’à atteindre son maximum en 2013 où 106 molécules différentes étaient mesurées. La baisse a repris en 2014 (97) et s’est poursuivie en 2015 (81). Néanmoins en 2015, 4 prélèvements n’ont pas pu être réalisés (mars et avril) influençant possiblement ce résultat.

Molécules recherchées vs molécules trouvées dan sle réseau CORPEP en Bretgane entre 2002 et 2015

En 2015 (données réseau CORPEP) :

  • 81 molécules quantifiées,
  • 37 molécules quantifiées à plus de 0,1 µg/l (contre 47 en 2014),
  • 10 molécules quantifiées à plus de 0,5 µg/l (contre 18 en 2014),
  • 5 molécules quantifiées à plus de 2 µg/l (contre 3 en 2014).

Jusqu’à 35 molécules ont été retrouvées dans un même prélèvement en 2015 (dans l'Horn). Les herbicides sont la famille de pesticides la plus fréquemment retrouvée dans nos eaux superficielles. Au maximum, les concentrations cumulées se sont établies à 45,85 µg/l dans l'Aven ; 15,7 µg/l dans l'Horn ; 9,8 µg/l dans le Gouessant et 6,1 µg/l dans le Saint-Coulomb.

Les eaux souterraines

La qualité des eaux souterraines est suivie depuis 2000 par le réseau de suivi qualitatif des eaux souterraines du bassin Loire-Bretagne. L'eau souterraine bretonne présente plutôt une bonne qualité vis-à-vis des pesticides. C'est un état de fait rassurant quand on connaît le temps de réaction des ressources en eau souterraine. En effet, après l'arrêt de la source de pollution et la mise en œuvre de techniques d'assainissement, le retour à la qualité originelle du réservoir aquifère nécessite des dizaines d'années.

 

L’eau distribuée

Graphique evolution de la population exposée à une eau non-conforme ennitrates et en pesticides

La baisse observée ces dix dernières années est-elle due à une amélioration de la qualité des eaux brutes ? Il semble bien que non. Cette baisse pourrait par contre s’expliquer par une meilleure maîtrise des traitements. En effet, de nombreuses stations de production d’eau potable se sont équipées ces dernières années de filtres afin d’éliminer les pesticides et de distribuer une eau conforme (ex. : filtres à charbon). Pour autant, certains bretons ont reçu, à leur robinet, une eau dépassant les seuils réglementaires pour les pesticides, des défaillances humaines ou techniques peuvent en être la cause. Reste que les traitements actuels ne permettent pas d'éliminer toutes les molécules.

L’air

On évoque très souvent la pollution des eaux par les pesticides, mais peu celle de l’air. Aucune norme n’existe. Pas de contrôle avant son utilisation, pourtant nous n'avons pas le choix de respirer ou non ! La contamination de l'air par les pesticides est donc peu connue, mais surtout très peu recherchée.

Les pesticides sont transférés dans l’air lors de l’épandage par dérive, volatilisation ou évaporation. Il est difficile de prévoir les points de chutes des pesticides utilisés. Concernant la pollution de l’eau: si le produit est utilisé sur une parcelle d’un bassin versant, avec le ruissellement, les molécules iront dans la rivière concernée. C’est différent pour l’air: le vent emporte des molécules dans des régions très éloignées du lieu d’épandage. À l'échelle terrestre, nous nous partageons un grand nombre de molécule, les frontières n'ont pas de sens. Alors même que notre réglementation nationale peut interdire l'usage d'une substance sur notre territoire, cette dernière peut venir par l'air d'un pays voisin plus ou moins lointain.

La première campagne de mesure de produits phytosanitaires en Bretagne date de 2002 sur la station expérimentale de la Chambre Régionale d'Agriculture, à Kerguéhennec dans le Morbihan. Elle a été réalisé par Air Breizh, association agréée pour le suivi de la qualité de l’air (AASQA). Par la suite, les campagnes ont été menées dans des communes situées à proximité de zones agricoles : en 2004, au Rheu (35) et à Vezin-Le-Coquet (35) ; en 2005, à Mordelles (35) et à Pontivy (56).

Depuis 2005, Air Breizh reconduit la campagne de mesure des produits phytosanitaires chaque année sur la commune de Mordelles (35).

Les campagnes de mesures sont généralement réalisées au printemps et en été lorsque les traitements sont les plus fréquents et les plus importants. En 2009 et 2012, des mesures ont été réalisées à l’automne ou en hiver. Lors de ces campagnes, plus de 60 substances sont recherchées dans les prélèvements hebdomadaires.

En 2015, 17 substances différentes ont été détectées dans l’air contre 6 pour l’année précédente. Il s’agit de 7 fongicides, 7 herbicides et 3 insecticides. Trois substances (le chlorothanil, le métolachlore et le lindane) sont retrouvées dans plus de 70 % des prélèvements. Si les deux premières sont d’usage courant en Bretagne sur grandes cultures, le lindane est interdit depuis 1998. Les plus fortes concentrations de pesticides ont été relevées les semaines 16 ( plus de 5 ng/m³ à la mi-avril), 21 (plus de 3 ng/m³ à la mi-mai), 22 (plus de 9 ng/m³) et 23 (plus de 5 ng/m³ au début du mois de juin).

 

Graphique des charges tiotales en pesticides dans l'air entre 2005 et 2015
Charge totale en pesticides et nombre de molécules différentes retrouvées entre 2005 et 2015 (données Air Breizh)